Les cafards sont-ils vraiment dangereux ?
Les cafards, on les voit surtout comme quelque chose de “sale” et de gênant. Mais au-delà du dégoût, il y a une vraie question à se poser : est-ce que ça met votre santé en danger ?
Sur le terrain, dans les appartements à Marseille, les restos, les buanderies d’immeubles, je vois la même situation revenir : infestation installée depuis longtemps, habitants qui se sont “habitués” à voir des cafards… et des problèmes de santé qui commencent à apparaître sans que personne ne fasse forcément le lien.
On va regarder ça calmement, point par point : risques sanitaires, allergies, contamination alimentaire, et surtout, à partir de quand ça devient réellement préoccupant pour vous, vos enfants ou vos clients.
Un cafard, ça vit où et ça transporte quoi ?
Pour comprendre les risques, il faut déjà regarder le mode de vie du cafard (ou “blatte” si on veut être précis).
Un cafard classique en intérieur (ex : blatte germanique) passe son temps :
- dans les canalisations
- dans les vides sanitaires
- sous et derrière les meubles de cuisine
- autour des poubelles, des siphons, des gaines techniques
- dans les fissures des murs, sous les plinthes
Il marche donc :
- sur les excréments
- dans les eaux usées
- dans les résidus de nourriture en décomposition
- dans les abords de colonnes d’évacuation
Et ensuite, il remonte dans votre cuisine, passe sur le plan de travail, dans les placards, sur la vaisselle, parfois même dans le lit ou sur les jouets des enfants quand l’infestation est importante.
Tout ce qu’il a ramassé sous ses pattes et sur son corps (bactéries, micro-organismes) se retrouve alors… chez vous.
Les vrais risques sanitaires liés aux cafards
Les cafards ne “piquent” pas comme un moustique et ne mordent pas comme un rat. Leur danger est plus discret, mais bien réel : ils sont vecteurs mécaniques de germes.
Les études et les analyses de laboratoire ont retrouvé sur les cafards :
- des bactéries type Salmonella
- E. coli
- des staphylocoques
- des levures et moisissures
Ces germes peuvent être responsables de :
- gastro-entérites (diarrhées, vomissements)
- infections urinaires (dans certains cas de contamination indirecte)
- infections cutanées
- infections plus sérieuses chez les personnes fragiles (personnes âgées, immunodéprimées)
Sur le terrain, est-ce qu’on voit directement “vous avez des cafards = vous avez une salmonellose” ? Non, évidemment. Mais on voit des logements où :
- les enfants ont des diarrhées répétées
- des irritations cutanées récurrentes
- et en parallèle, des cafards partout dans la cuisine, dans les placards alimentaires, derrière le frigo
Le lien est rarement posé noir sur blanc par un médecin (“c’est la faute aux cafards”), mais l’exposition permanente à un environnement souillé augmente clairement le risque.
Allergies et problèmes respiratoires : un risque sous-estimé
Le deuxième gros volet, qu’on oublie souvent, ce sont les allergies.
Les cafards produisent :
- des déjections très fines
- des fragments de carapace (lors des mues)
- des sécrétions corporelles
Tout ça se mélange à la poussière de l’appartement et reste en suspension dans l’air. Pour certaines personnes, ces particules sont de puissants allergènes.
Les symptômes possibles :
- crises d’asthme ou aggravation d’un asthme existant
- rhinites allergiques (nez qui coule, éternuements, démangeaisons)
- conjonctivites
- eczéma ou plaques rouges
Cas concret à Marseille, quartier de la Capelette :
Famille avec deux enfants, infestée par les cafards dans une cuisine ouverte sur le salon. Infestation installée depuis plusieurs mois. La mère m’explique que son fils fait des crises d’asthme plus fréquentes la nuit et au réveil. On ouvre les caches électriques, les plinthes de la cuisine : des dizaines de cafards, des amas de déjections sèches. Le gamin dort à 3 mètres de là, dans le même volume d’air.
Je ne dis pas que tous les asthmes viennent des cafards. Mais dans des logements avec forte infestation, on voit clairement la différence après traitement : moins d’odeur, moins de poussières “sales”, et très souvent, des améliorations sur les symptômes respiratoires rapportées par les habitants.
Contamination alimentaire : quand le frigo ne suffit pas
La question qui revient souvent : “Ils sont dans la cuisine, mais est-ce qu’ils contaminent vraiment la nourriture ?”
Il faut comprendre que le cafard est omnivore et opportuniste. Il va :
- grignoter un emballage carton ou papier
- se faufiler dans les interstices des boîtes mal fermées
- marcher sur la nourriture avant de repartir vers ses cachettes
Les zones typiques de contamination que je retrouve régulièrement lors des interventions :
- paquets de pâtes, farine, riz mal refermés
- biscuits entamés laissés dans leur carton d’origine
- boîtes de céréales ouvertes
- fonds de bouteilles sucrées ou canettes non rincées dans la poubelle
Sur ces supports, on retrouve parfois :
- déjections de cafards (petits points noirs)
- œufs (ootèques) coincés dans les plis du carton
- mues (petits morceaux de carapace translucide)
Est-ce que ça rend tout immédiatement “toxique” ? Pas dans le sens dramatique du terme, mais :
- vous augmentez le risque d’ingérer des bactéries pathogènes
- vous augmentez aussi la charge allergénique de votre environnement
Pour moi, dès qu’on trouve des traces de déjections dans un placard alimentaire, tout ce qui est :
- ouvert
- mal protégé
- dans des emballages souples attaqués
doit être jeté sans hésiter. C’est jamais agréable, mais c’est plus raisonnable que de continuer à consommer des produits qui ont servi de terrain de jeu (et de toilettes) à une colonie de cafards.
À partir de quand l’infestation devient dangereuse ?
Question que j’entends souvent à Marseille : “J’en vois un de temps en temps, c’est grave ?”
Tout dépend :
- de la fréquence des apparitions
- de l’endroit où vous les voyez
- de la présence de personnes fragiles (bébé, personne âgée, malade chronique)
Quelques repères basés sur le terrain :
- Vous voyez un cafard isolé en plein jour : souvent signe qu’il y en a d’autres cachés. Le cafard n’aime pas la lumière. Quand il sort en journée, c’est parfois parce que les cachettes sont déjà bien occupées.
- Vous voyez plusieurs cafards la nuit quand vous allumez : l’infestation est installée. Le risque de contamination (alimentaire, surfaces) devient réel.
- Vous trouvez des déjections dans les placards de cuisine : là, on est clairement dans une situation où la sécurité alimentaire est impactée.
- Vous en voyez dans les chambres : infestation avancée ou structurelle dans l’immeuble. Pour les personnes allergiques ou asthmatiques, c’est problématique.
Un autre point important : dans les immeubles anciens de Marseille, avec gaines techniques communes et colonnes d’évacuation vieillissantes, l’infestation peut se “balader” d’un logement à l’autre. On peut donc avoir un appartement relativement propre mais envahi par les cafards du voisinage via les conduits.
Idées reçues sur les cafards : ce qu’il faut arrêter de croire
Sur internet, on lit un peu tout et n’importe quoi. Quelques idées reçues que je croise souvent chez les clients :
- “Les cafards, c’est seulement dans les logements sales”
Faux. Un logement très propre limite la nourriture disponible et les cachettes, donc l’infestation se développe moins vite. Mais j’ai déjà traité des appartements impeccables, neufs, dans des résidences récentes, infestés via les gaines techniques ou les parties communes. - “Ils sont dégoûtants, mais pas dangereux”
Faux aussi. Ils ne mordent pas, mais ils transportent des germes, aggravent les allergies, contaminent la nourriture. Sur la durée, c’est loin d’être anodin. - “Un peu de javel et c’est réglé”
Non. La javel nettoie, désinfecte, mais ne traite pas les cafards cachés dans les murs, les plinthes, les cloisons. Pire : utilisée en excès, elle peut masquer les phéromones de certains produits professionnels et compliquer un traitement bien mené. - “Les sprays du commerce suffisent”
Les bombes insecticides vont tuer ceux que vous voyez, éventuellement quelques autres. Mais elles ne gèrent pas la colonie, les œufs, la structure du nid. Et souvent, elles font fuir les cafards plus loin dans les murs, ou chez le voisin.
Cas concrets à Marseille : ce qu’on observe sur le terrain
Pour illustrer, quelques situations réelles que j’ai rencontrées :
1. Restaurant dans le centre-ville
Signalement après un contrôle sanitaire : présence de cafards dans la réserve et la cuisine.
- Infestation visible surtout la nuit, mais quelques individus en journée
- traces de déjections près des frigos, sous les étagères, autour des poubelles
- paquets de farine et de riz avec emballages légèrement grignotés
Risques :
- contamination croisée entre zone de stockage et préparation
- perte de denrées alimentaires (destruction d’une partie du stock)
- risque de fermeture administrative en cas de nouvelle inspection défavorable
Après un traitement complet (gel appât, pulvérisations ciblées, piégeage, gestion des points d’entrée), baisse nette de l’activité et suppression des sources de contamination.
2. Appartement ancien proche du Vieux-Port
Couple avec bébé. Cafards dans la cuisine, la salle de bain, quelques individus vus dans le salon le soir.
- gaines techniques vétustes
- fissures nombreuses autour des tuyauteries
- colonnes d’évacuation communes à tout l’immeuble
Risques :
- environnement microbiologiquement chargé (cafards circulant depuis les égouts vers les cuisines)
- bébé rampant par terre dans un environnement potentiellement contaminé
- odeur typique de cafard (sucrée, un peu rance), signe d’infestation avancée
On a mis en place :
- traitement chimique ciblé, non toxique pour le bébé utilisé correctement
- bouchage des passages autour des canalisations
- coordination avec le syndic pour traitement des parties communes
Résultat : nette diminution des cafards en 2–3 semaines, disparition totale visible en quelques cycles, et surtout baisse des épisodes de toux nocturne signalés chez le bébé.
Que faire pour limiter les risques au quotidien ?
On ne peut pas stériliser un appartement, mais on peut réduire fortement l’attractivité pour les cafards et les risques associés.
Les points de base à mettre en place :
- Gestion des aliments
– conserver les aliments dans des boîtes hermétiques (verre ou plastique dur)
– éviter de laisser des emballages carton entamés dans les placards
– jeter systématiquement tout paquet visiblement souillé ou attaqué - Nettoyage ciblé
– nettoyer régulièrement les plans de travail, mais aussi dessous et derrière les appareils
– aspirer les miettes sous les plinthes de cuisine, entre les meubles
– ne pas laisser de vaisselle sale toute la nuit dans l’évier - Gestion des poubelles
– utiliser des poubelles avec couvercle
– vider régulièrement, surtout en période chaude
– rincer les contenants très sucrés (bouteilles, canettes) avant de les jeter - Points d’entrée
– reboucher les fissures visibles autour des tuyaux
– poser des joints ou colmatages simples là où passent les canalisations
– surveiller les bouches d’aération et les grilles (sans tout boucher, pour ne pas bloquer la ventilation)
Est-ce que ça suffit toujours ? Non. Mais ça fait une énorme différence entre un logement où l’infestation explose, et un logement où elle reste limitée, voire où le traitement professionnel sera plus rapide et plus efficace.
Quand faire appel à un professionnel ?
Certains pensent qu’il faut appeler un pro seulement quand c’est “l’enfer” et qu’on en voit partout. C’est une erreur qui coûte cher en santé, en nourriture jetée, en stress.
Pour moi, un professionnel devrait intervenir :
- dès que vous voyez régulièrement des cafards dans la cuisine ou la salle de bain
- dès que vous trouvez des déjections dans vos placards ou près des appareils
- dès que des personnes allergiques, asthmatiques ou fragiles vivent dans le logement
- dans les commerces de bouche, au moindre signe de présence (question de réglementation et de sécurité alimentaire)
Ce qu’un traitement pro apporte de plus que les produits grand public :
- produits à action lente et ciblée, adaptés aux espèces présentes
- stratégie globale : gestion des nids, des œufs et des points d’entrée
- respect des normes (importants pour les restaurants, hôtels, locations saisonnières)
- conseils personnalisés adaptés à la configuration réelle des lieux
Et surtout, on arrête de vivre avec l’idée “c’est normal, on est en ville, il y a des cafards partout”. Non, ce n’est pas une fatalité d’en avoir chez soi en permanence, encore moins en cuisine.
Retenir l’essentiel sur les dangers des cafards
Pour résumer, sur ce que je vois tous les jours à Marseille :
- un cafard isolé n’est pas un drame, mais c’est souvent le signe qu’il y en a d’autres
- les cafards ne sont pas des “bêtes sales mais inoffensives” : ils transportent des germes et aggravent les allergies
- les cuisines, réserves alimentaires et endroits humides sont les zones les plus à risque
- les populations sensibles (enfants, asthmatiques, personnes âgées) sont les premières impactées
- plus on attend, plus les risques sanitaires et la difficulté du traitement augmentent
Si vous commencez à en voir régulièrement chez vous ou dans votre commerce, le bon réflexe est de réagir tôt : hygiène ciblée, protection des aliments, et, si besoin, intervention professionnelle. C’est comme ça qu’on protège vraiment sa santé, celle de sa famille ou de ses clients.