À Arles, on me parle rarement de rats en premier. Ce qui revient le plus souvent au printemps et en été, c’est : « Geoffrey, on ne peut plus mettre le nez dehors, on se fait dévorer par les moustiques. »
Entre le Rhône, les marais, les rizières de Camargue et les jardins irrigués, vous êtes dans une des zones les plus favorables aux moustiques en France. Impossible de les faire disparaître complètement autour d’une maison, mais on peut sérieusement limiter la casse si on s’y prend correctement.
Dans cet article, je vous montre ce qui fonctionne vraiment autour d’une habitation à Arles : protections, pièges, traitements, avec des cas réels et aussi quelques fausses bonnes idées que je croise souvent sur le terrain.
Comprendre les moustiques à Arles : pas un seul type, plusieurs
Avant de sortir les pièges et les bombes insecticides, il faut savoir à qui on a affaire. À Arles et en Camargue, on rencontre surtout deux profils qui posent problème autour des maisons :
- les moustiques « classiques » des zones humides (Culex, Anopheles, etc.), très liés à l’environnement (marais, canaux, rizières) ;
- le moustique tigre (Aedes albopictus), qui adore les petites eaux stagnantes urbaines et qui pique surtout en journée.
Je résume leurs différences, parce que ça conditionne les protections à mettre en place :
- Moustiques de zones humides :
Activité surtout au crépuscule et la nuit, piqûres souvent autour des chevilles et des jambes, attirés par les grandes mares, fossés, rizières, piscines mal entretenues. - Moustique tigre :
Actif surtout le matin tôt et en fin d’après-midi (et en journée si l’ombre est fraîche), piqûres agressives en série, souvent en extérieur, se développe dans des tout petits volumes d’eau : soucoupes de pots de fleurs, gouttières bouchées, seaux, arrosoirs, jouets abandonnés dans le jardin, etc.
Pourquoi c’est important ? Parce que :
- si vous êtes surtout embêté tard le soir dans la maison, on va prioriser protections physiques (moustiquaires, joints, ventilateurs) et éventuels traitements ponctuels ;
- si vous vous faites piquer dès le café du matin sur la terrasse, c’est souvent du moustique tigre, et là, le nerf de la guerre, c’est la gestion de l’eau et les pièges adaptés.
Protection passive autour de la maison : ce qui marche vraiment
Premier niveau : limiter au maximum l’accès des moustiques à votre peau, surtout aux heures où ils sont les plus actifs.
Moustiquaires : l’investissement qui change la vie
Quand j’interviens chez des particuliers à Arles, dès qu’on me dit « on n’ose plus ouvrir les fenêtres le soir », je regarde en priorité :
- présence ou non de moustiquaires sur les fenêtres de chambres ;
- état des encadrements de portes et fenêtres (jours, fissures, bas de porte) ;
- circulation de l’air (fenêtres opposées, VMC, ventilateurs).
Quelques points concrets :
- Moustiquaires fixes ou enroulables : sur les fenêtres des chambres et du séjour, c’est le plus efficace et le plus durable. On voit tout de suite la différence sur la quantité de moustiques dans la maison.
- Portes-fenêtres : privilégier des moustiquaires coulissantes ou à rideaux aimantés. Ça évite de devoir les démonter à chaque passage.
- Véranda / pergola fermée : quand c’est possible, moustiquaires sur les côtés + portes, ça transforme un piège à moustiques en pièce de vie agréable le soir.
Ce n’est pas magique, mais sur le terrain, un logement bien équipé en moustiquaires diminue déjà très nettement les piqûres nocturnes. Et ça évite d’avoir à pulvériser des insecticides en continu dans la maison.
Ventilateurs et circulation d’air
Un point que les gens sous-estiment toujours : un bon ventilateur plafonnier ou sur pied gêne fortement les moustiques. Ils volent mal dans un flux d’air soutenu.
Je le vois souvent en terrasse de maison ou de restaurant : un simple ventilateur orienté vers la zone où vous êtes assis réduit nettement le nombre de piqûres, surtout combiné à un répulsif sur la peau.
Concrètement :
- dans les chambres, un ventilateur plafonnier + moustiquaire, c’est très efficace ;
- en extérieur, un ventilateur sur pied orienté vers la table aide à repousser les moustiques qui tournent autour de vous.
Répulsifs cutanés : lesquels privilégier à Arles ?
Les sprays et lotions répulsives ne tuent pas les moustiques, mais ils évitent qu’ils vous piquent. Là aussi, beaucoup d’idées reçues. Les huiles essentielles seules, par exemple, sont rarement suffisantes en Camargue un soir sans vent…
Ce qui est à privilégier (en suivant toujours les précautions d’emploi) :
- DEET (entre 20 et 30 %) : très efficace, surtout le soir et dans les zones très infestées. À éviter chez les jeunes enfants et les femmes enceintes, ou alors avec avis médical et produits spécifiques.
- Icaridine (aussi appelée picaridine) : bonne efficacité, souvent mieux tolérée, adaptée en usage familial selon la concentration.
- IR3535 : un peu moins puissant dans les situations extrêmes, mais intéressant pour les peaux sensibles et certains publics.
Les produits à base uniquement d’huiles essentielles (citronnelle, eucalyptus citronné, lavande…) peuvent dépanner pour un jardin un peu exposé, mais ne suffisent pas en cas de forte pression, notamment moustique tigre. Je vois chaque été des familles couvertes de piqûres avec juste un petit bracelet parfumé au poignet… C’est très insuffisant.
Éliminer ou traiter les eaux stagnantes : indispensable contre le moustique tigre
Dès que je suis appelé pour un problème de moustique tigre à Arles ou dans les villages autour, je commence toujours pareil : tournée complète du jardin, cour, terrasse, toit, vide sanitaire si accessible.
Objectif : identifier toutes les eaux stagnantes. Le moustique tigre peut pondre dans moins de 1 cm d’eau. Un simple bouchon rempli d’eau de pluie peut suffire.
Les classiques que je retrouve chez les particuliers :
- soucoupes de pots de fleurs pleines d’eau ;
- arrosoirs à moitié remplis ;
- seaux, bacs de maçon, jouets, bâches qui retiennent l’eau ;
- gouttières bouchées par les feuilles ;
- regards de pluvial ou de cave mal entretenus ;
- vieux pneus, morceaux de plastique creux, bidons coupés ;
- abreuvoirs d’animaux jamais vidés ni nettoyés.
Le plan d’action, très concret :
- Tout ce qui peut être vidé le sera (soucoupes, seaux, bacs, jouets, etc.).
- Tout ce qui peut être percé pour ne plus retenir d’eau sera percé (pots, vieux bidons, pneus conservés).
- Les récupérateurs d’eau de pluie seront obligatoirement couverts avec un couvercle adapté ou une moustiquaire bien tendue et fixée.
- Les gouttières seront nettoyées au moins une fois par an pour éviter les bouchons.
Dans les points d’eau qu’on ne peut pas supprimer (bassins, grands regards, fosses…), on peut utiliser des larvicides biologiques à base de Bacillus thuringiensis israelensis (Bti), sous forme de pastilles ou granulés. Ce sont des bactéries qui ciblent les larves de moustiques sans impacter les autres animaux dans les doses recommandées.
Attention : on ne verse jamais n’importe quel insecticide dans l’eau sans vérifier la réglementation. Les produits utilisés doivent être homologués pour un usage en point d’eau. Là-dessus, je constate souvent des dérives avec des gens qui vident des restes d’insecticides dans leurs regards pluviaux. C’est interdit et dangereux pour l’environnement.
Pièges à moustiques : lesquels valent le coup autour d’une habitation ?
Les pièges, c’est un sujet sensible. On trouve de tout sur internet, du gadget lumineux à 20 € à la borne professionnelle à plusieurs centaines d’euros. Sur le terrain, je vois des installations très efficaces… et des arnaques complètes.
Les pièges à CO₂ et attractifs : efficaces mais à bien positionner
Certains appareils diffusent du CO₂ et/ou des attractifs (odeurs qui imitent l’humain) et aspirent les moustiques. Bien utilisés, ils peuvent réduire la population autour de la maison, surtout si le voisinage joue aussi le jeu.
Points importants issus de mes interventions :
- Emplacement : à distance de la terrasse ou des lieux de vie (sinon vous attirez les moustiques vers vous), dans un coin un peu ombragé, à l’abri du vent.
- Régularité : ces pièges ne font pas effet en une soirée. C’est une stratégie de réduction progressive de la population, sur plusieurs semaines.
- Entretien : filets, recharge d’attractifs, nettoyage doivent être suivis. Un piège mal entretenu ne sert plus à grand-chose.
Est-ce que ça remplace les protections physiques et les répulsifs ? Non. Ça les complète. Un piège seul, sans gestion de l’eau stagnante et sans moustiquaires, ne suffit pas dans un environnement comme Arles.
Les pièges pondoirs pour moustique tigre
Il existe aussi des pièges ciblés moustique tigre qui imitent un site de ponte (un récipient sombre avec eau et attractif). Les femelles viennent pondre, les œufs ou les larves sont ensuite détruits.
Utiles pour :
- jardins avec beaucoup de végétation ;
- zones où on a déjà bien réduit les eaux stagnantes mais où la pression moustique tigre reste forte ;
- approche de type « on gère le problème sur toute la saison » et pas juste pour un week-end.
Comme toujours : un piège mal utilisé (mal placé, pas entretenu, jamais vidé) peut se transformer en élevage de moustiques. Je le vois régulièrement…
Les gadgets à éviter (ou à ne pas surestimer)
Pour être clair, ce que je vois sur le terrain qui ne suffit pas ou fonctionne très mal seul :
- Petites lampes UV « tue-moustiques » pas chères : ça tue surtout des papillons de nuit et des insectes non ciblés. Impact faible sur les moustiques dans un jardin ouvert.
- Bracelets anti-moustiques : portés seuls, ils protègent éventuellement la zone autour du poignet… pas vos jambes, pas vos chevilles. Utile comme complément, pas comme solution unique.
- Bougies à la citronnelle : léger effet de proximité, dans un environnement peu infesté et sans vent. En Camargue en plein été, c’est largement insuffisant.
Ça ne veut pas dire qu’il ne faut jamais les utiliser, mais il faut être lucide : ce ne sont pas des solutions principales, juste des petits plus.
Traitements insecticides : dans quels cas j’interviens chimiquement ?
Sur un blog comme le mien, je préfère être transparent : oui, on utilise parfois des insecticides contre les moustiques adultes. Mais ce n’est ni la première, ni la meilleure solution sur le long terme.
Les situations où on peut envisager un traitement chimique localisé autour d’une habitation à Arles :
- jardins où toutes les mesures de prévention ont déjà été mises en place (gestion de l’eau, moustiquaires, etc.), mais où la pression reste exceptionnellement forte ;
- présence de zones de repos très identifiées (haies denses, abris, végétation basse) proches des lieux de vie ;
- besoin ponctuel de confort pour un événement (mariage, réception) dans le respect des réglementations locales.
Dans ces cas :
- on utilise des produits biocides homologués, dosés précisément ;
- on traite en baisse végétale ciblée, jamais en brumisation massive au-dessus de tout le jardin ;
- on tient compte des abeilles et autres pollinisateurs (horaires d’application, plantes fleuries à éviter, etc.).
Un point important : les traitements adulticides (contre les moustiques adultes) ont un effet ponctuel. Si les gîtes larvaires ne sont pas gérés autour, les moustiques reviennent. C’est là que beaucoup de gens sont déçus après un simple « coup de bombe » non réfléchi.
Exemple concret : une maison à l’entrée d’Arles, jardin et piscine
Pour illustrer, un cas réel : une famille me contacte au printemps pour une maison avec jardin et piscine, en sortie de ville vers la Camargue. Problème : impossible de profiter de la terrasse dès 18h, moustiques en nuage autour de la table.
Ce que j’ai constaté lors de la visite :
- piscine correctement entretenue, donc pas un gros problème ;
- nombreuses soucoupes sous les pots sur la terrasse, toutes pleines d’eau ;
- un vieux récupérateur d’eau de pluie ouvert, à moitié rempli d’eau verte ;
- une haie très dense collée à la terrasse, avec beaucoup d’ombre et d’humidité ;
- aucune moustiquaire sur les portes-fenêtres, juste des rideaux ;
- deux petites lampes UV « anti-moustiques » sur la table de jardin.
Le plan d’action mis en place :
- vidage de toutes les soucoupes et perçage de certaines pour évacuer l’eau ;
- pose d’un couvercle adapté sur le récupérateur d’eau de pluie + moustiquaire interne ;
- légère taille de la haie côté terrasse pour limiter les zones de repos immédiates ;
- installation de moustiquaires coulissantes sur les deux grandes baies vitrées donnant sur le séjour ;
- conseil d’utiliser un bon répulsif cutané pour les soirées en extérieur et ajout d’un ventilateur sur pied orienté vers la table ;
- mise en place d’un piège adapté à distance de la terrasse, en zone ombragée, avec suivi sur toute la saison.
Sans aucun traitement insecticide, au bout de 2–3 semaines, la famille m’a rappelé pour me dire que la terrasse était redevenue utilisable en soirée. Est-ce qu’il restait quelques moustiques ? Oui. Mais on était passé de « nuage ingérable » à un niveau acceptable, sans polluer le jardin.
Arles et la Camargue : ce qu’il faut accepter… et ce qu’on peut améliorer
Vivre à Arles, c’est accepter un certain niveau de moustiques, surtout certains soirs sans vent. Même avec toutes les mesures possibles, vous n’aurez jamais le « zéro moustique ». En revanche, la différence entre un extérieur invivable et un jardin supportable se joue sur :
- la rigueur sur l’élimination des eaux stagnantes (surtout pour le moustique tigre) ;
- la qualité des protections physiques (moustiquaires, fermetures, ventilateurs) ;
- l’usage intelligent des répulsifs cutanés ;
- le recours réfléchi aux pièges et, si besoin, à des traitements ciblés.
Ce que je répète souvent à mes clients : ne misez pas tout sur un seul « truc miracle ». Un bon résultat, à Arles, c’est toujours une combinaison de plusieurs actions simples, mais appliquées sérieusement.
Si vous avez l’impression d’avoir tout essayé sans résultat, c’est souvent qu’un maillon manque (un récupérateur d’eau oublié, une gouttière bouchée, un bassin mal géré, une haie collée à la terrasse, etc.). Dans ces cas-là, une visite sur place permet en général de trouver rapidement les points faibles et d’adapter la stratégie à votre maison et à votre environnement.
